29 octobre 2015

Soyons tous "migrants", avec ou sans badge...

Démagogie (du grec demos "le peuple" et ago : "conduire") : notion politique et rhétorique désignant l'état politique dans lequel les dirigeants mènent le peuple en le manipulant pour s'attirer ses faveurs, notamment en utilisant un discours flatteur ou appelant aux passions.

Je suis toujours choqué par la démagogie des responsables politiques, ce n’est pas nouveau. Néanmoins, sur le sujet des migrants, ça devient problématique des deux côtés du "pouvoir". La sortie télévisée du président-bourgmestre Paul Magnette** hier fut – pour moi – une goutte d’eau de trop dans la "Godwinisation" des débats.

« Si on impose un badge aux migrants, je le porterai aussi ».

Les médias ont bien évidemment repris en cœur cette sortie qui parle aux gens en sous-entendant un lien vers l'horreur du nazisme pour démontrer sa grandeur d’âme et en faire un "résistant".
Monsieur le président-bourgmestre sait très bien que la NVA fait des effets d’annonce (aussi démagogiques) qui n’auront pas de suite (car sinon, il est clair que l’Europe s’y opposera légalement et que l'ensemble des citoyens ne laissera pas faire non plus) et ne prend donc pas de risque mais l’utilise pour parler aux sentiments de son électorat potentiel.

 Sauf que le problème des migrants n’est pas le port éventuel d’un badge d’identification autour du cou dans un bâtiment officiel, comme il y en a déjà pour nombre d'entre nous dans les entreprises. Comparer ceci à des marques de stigmatisation utilisées par les nazis pendant la guerre, c’est diminuer la portée de ce qu’étaient ces marques, qui n’étaient pas que de simples badges. Et je peux en parler, étant moi-même petit-fils de migrante polonaise ayant subi le "marquage" en Allemagne après la déportation pendant la guerre.  Pour preuve, sa photo ci-joint où on voit nettement le "P" pour "Polonais". Peut-on vraiment comparer le port d’un badge d’identité dans des locaux à ceci ? Je ne le pense pas.
Le récit de son expérience m'aide à comprendre les débats actuels sur les réfugiés avec un esprit sans doute plus ouvert que certains.

Je précise que je n’aime ni la NVA, ni ses idées. Je suis le premier à reconnaître qu’il faut les suivre de très près, réagir et les recadrer – avec intelligence et légalité - à tout ce qu’ils font d’inacceptable.  La NVA n'est dangereuse que parce qu'elle est suivie par des citoyens et c'est sur le terrain qu'il faut agir.

En effet, en rentrant dans le jeu de la démagogie et de l’escalade des mots et des slogans sans raison garder, on exacerbe les sentiments des gens dont "la peur" et on se retrouve devant des réactions comme celles de Walcourt où les joggeuses ont peur de croiser un migrant et où les habitants sont prêts à mettre en place des milices privées pour s'en protéger.
Pour information, les électeurs du MR (seul parti francophone mis en cause dans le problème du suivi des migrants par l'opposition) ne sont que 26% à Walcourt.  Il serait donc temps que les autres partis fassent de la pédagogie de terrain pour ouvrir les yeux de leurs électeurs à la place de cette démagogie télévisée à relents godwiniens.

Bien sûr, parmi les migrants, il y aura sans doute quelques violents et quelques voleurs mais sans doute proportionnellement moins que dans la population wallonne générale. Par contre, il risque d’y avoir des gens qui ont connu la vrai misère, la vrai guerre et la vrai violence et qui seront plus motivés pour arriver à quelque chose que beaucoup de "désœuvrés" de chez nous.
Bref, je préfère 1000 x côtoyer un réfugié éduqué qu’un baraki belge raciste quand je fais mon jogging ou que je promène mon chien et c’est ce que les pontes politiques devraient mettre en avant plutôt que de se chamailler sur des idées hypothétiques non encore concrétisées juste pour stigmatiser le gouvernement actuel.

A la limite, que tout le monde s’insurge le jour où le premier badge sortira de presse et que l’on obligera quelqu’un à le porter en public ou au moins, quand il y aura eu un accord explicite en gouvernement pour appliquer cette idée: je serai le premier à suivre le mouvement.

D’ici là, les milices privées que les citoyens (dont de nombreux électeurs de gauche) proposent de mettre en place me font bien plus peur que les discussions hypothétiques issues de démagos nationalistes sur les moyens d’identification des réfugiés .


** Je sais bien que monsieur Magnette ne lira pas ces lignes. En effet, bien que nous ayons côtoyé les mêmes bancs d’école à une année de distance (et que je l’ai considéré très longtemps comme un des plus grands espoirs de remise en avant des valeurs de solidarité et de redistribution - plutôt que l’enrichissement personnel vu durant 20 ans au PS de Charleroi - grâce à ce qu’il démontrait d’intelligence et de raison), monsieur le président m’a bloqué sur tous réseaux sociaux car je jouais l’avocat du diable perturbateur sur toutes ses sorties à l’époque où j’étais encore très actif dans la politique citoyenne et que je le croyais ouvert au débat.

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