02 mars 2015

Le saut d’index, ce mauvais dogme syndical

D'abord, quelques chiffres pour concrétiser les mots:
  • Si on se base sur un exemple trouvé sur un site officiel, une indexation moyenne peut valoir une augmentation de 70 euros bruts, soit +/- 40 euros net. On peut donc considérer que sur une année, un salarié moyen pourrait perdre +/- 480 € net par an.
  • Un paquet de cigarettes coûte +/- 7 euros d’après un site de référence. Si on considère un être humain qui fume un paquet par jour, arrêter lui fera économiser 365 x 7, soit 2555 € par an.
  • Un dagobert coute en moyenne 3 euros. Faire son propre dagobert à la maison revient à maximum 1 euro. Demander à ses 2 ados de prendre leurs tartines 2 jours par semaine plutôt qu’acheter des dagos permet une économie de 8 euros par semaine sur 40 semaines, soit 320 € par an. 
  • Un plein de diesel coutait l’an passé 75 euros (1.5€ x 50l) et coute actuellement  60 euros (1.2€ x 50l). Un travailleur qui n’a pas de carte essence de société et roule une grosse heure par jour pour son travail fait un plein par quinzaine, soit +/- 27 par an. Il aurait donc « économisé » en ne faisant rien 15 x 27, soit 405 € par an et pourrait faire bien plus s'il devait moins se déplacer.
  • Perdre son emploi et tomber au chômage pour la personne du premier exemple lui ferait perdre un gros 600 € net (2200 € - 1400 €), soit un bon 7200 € par an.
  • Enfin, un cadre supérieur dans une moyenne entreprise (salaire de 5000 euros brut) perdrait via une indexation +/- 100 euros bruts, soit +/- 700 € net par an.
De tous ces chiffres, que peut-on ressortir ?
  • L’indexation automatique non plafonnée est foncièrement moins favorable pour les salaires plus faibles. Tant qu’à se battre pour l’index, les syndicats devraient donc se battre pour un plafonnement de l’indexation, ce qui permettrait aux entreprises de gagner des marges qu’ils pourraient réinvestir en salaires, primes ou innovations.
  • La perte liée à un saut d’index unique est relativement peu impactante dans la vie de tous les jours, bien plus touchée par une modification significative du prix des combustibles. Ensuite, elle est virtuelle car elle parle d'argent que l'on n'a pas et sur lequel on ne peut pas compter pour faire son budget.  Finalement, elle peut être compensée en cas de besoin pour certains par de simples économies de comportement.
    Les syndicats devraient donc se battre pour la modération des taxes sur certains biens de première nécessité pour le travailleur ou promouvoir les économies en termes de déplacement via le télétravail ou la création d’antennes délocalisées plus proches du domicile des travailleurs pour ceux qui doivent bouger.
  • Perdre son emploi est beaucoup - mais alors beaucoup - plus impactant sur le niveau de vie d’un être humain que perdre un saut d’index! Dans un monde en pleine évolution, où les pays émergeants sont en train de prendre une partie du travail de nos pays occidentalisés, les syndicats ne peuvent pas se permettre par leurs actions d’impacter encore plus l’image des travailleurs belges et risquer par la suite une fuite encore plus importante des besoins de production de biens et services vers là où la main d’œuvre ne coûte rien (même si ce n'est pas acceptable, mais c'est un débat pour les syndicats de là-bas, pas les nôtres).
En conclusion, l’idéologie, c’est bon pour une société en pleine croissance mais dans nos sociétés en pleine crise, il serait bien que les syndicats se concentrent sur les choses qui comptent vraiment : la fraude fiscale, les élus qui agissent dans leur intérêt plutôt que celui du bien commun, les évolutions technologiques ou managériales qui permettraient de vrais évolutions du bien-être au travail, de vrais économies pour les travailleurs qui doivent se déplacer ou utiliser des biens privés pour leur job ou les gaspillages de tous types, etc.
Par contre, amis syndicats, foutez-nous donc la paix avec ce saut d’index car si vous voulez défendre le travailleur, ce qui est normalement votre but premier, il y a bien d'autres choses à faire bien plus utiles pour chercher des solutions innovantes et proposer des alternatives plutôt que de bloquer et de refuser l’inévitable.
Mais cela demande plus de raison, plus d'imagination, plus d’intelligence, plus de dialogue voire plus de courage devant la réalité.

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