28 mai 2014

Le vote électronique, cet outil "moins pire" juste mal géré!

En 1996, jeune ingénieur féru de politique, je me trouvais placé par IBM sur un projet intéressant au plus haut point: l'automatisation des dépouillements lors d'élections.
Cela faisait des années que la société produisait déjà un support aux affichages de résultats pour le ministère de l'intérieur via de puissants calculateurs.
Le projet était de développer "dans de nouvelles technologies" une interface de calcul et d'affichage de résultats sur base d'encodages qui auraient été automatisés par scan des bulletins papiers.
Ce projet fut arrêté faute de financement et j'appris par la suite qu'il avait été repris par un concurrent "moins cher".
Tout cela pour dire que l'idée d'automatiser une partie du vote n'est pas récente mais qu'à l'époque déjà, le choix du fournisseur de solution n'était pas basé sur l'expérience, la compétence ou la qualité des profils, mais bien sur le sacro-saint prix. Pourtant, on ne parlait pas encore de crise économique, loin de là.

Automatiser le vote n'est peut-être pas une bonne idée, vu l'évolution rapide de l'informatique et la périodicité variable des élections. Pourtant, cela fonctionne chez d'autres sans que cela ne fasse trop de problème. Un exemple datant de....2008: l'élection du recteur de l'UCL.
Pourtant, je suis certain que cette méthode de vote permettrait un gain de temps, d'argent et d'autres ressources que ceux qui ne se lèvent pas aux aurores ne sont pas toujours prêts à dépenser dans un processus qui de toute manière n'a plus rien changé (de positif) dans nos vies depuis des décennies.
Quand on voit que l'abstention en France permet à l'extrémisme de faire exploser les chiffres, il serait temps de faire quelque chose pour arrêter de dégouter l'électeur. Mais je m'égare...

Quel est le problème - d'après les informations recueillies dans les médias jusqu'ici - qui a créé le chaos ce 25/05? Un simple cas d'utilisation non prévu et/non testé après développement.
Voici dans un schéma simple ce que l'on peut comprendre du pourquoi de ce "bug":

Par expérience, et parce que je refuse de croire qu'il y a des chefs de projets et/ou analystes expérimentés incapables de prévoir ce simple cas, je suppose que le problème s'est situé dans le profil des personnes mises sur le projet et/ou le manque de moyens que pour ne faire des tests en suffisance dans le bon environnement au bon moment avec les bonnes personnes.
A trop faire des économies dans l'informatique, on obtient ce genre de choses. Mais les responsables "YaKa" préfèrent demander l'abandon du système tous en choeur plutôt que chercher les causes du problème, au risque de se voir impliqués (coupe de budget, requirements qui changent tout le temps, planning refusé en dépit du bon sens en allant à l'encontre de tout risk management et j'en passe.)

Automatiser le dépouillement est un must. Les politiciens qui crient haro sur le baudet parce qu'ils ont leurs résultats deux jours plus tard que la "norme" parlent de déni de démocratie.  Ils pensent vraiment que les dépouilleurs manuels qui déjà viennent là avec des pieds de plomb font leur travail avec la plus grande concentration vers 2h du matin lorsqu'il faut recompter pour la 3eme fois des nombres qui ne tombent pas juste (du vécu).
A ce moment-là, on est vite enclin à fermer les yeux sur une petite anomalie. Si en plus le président - pour fêter la fin de la torture - a amené quelques boissons alcoolisées qui ont été entamées avant ladite fin vu l'heure qui avançait (du vécu dans le bureau d'à côté), c'est encore pire.  Quand deux témoins de partis s'accordent pour faire annuler un vote qui est "un peu" en dehors du carré, si c'est un vote pour un parti où aucun témoin n'est présent, il vole dans la pile invalide pour permettre de continuer tranquillement.  Sans doute pas bien, mais tellement humain.

Bref, là où l'informatique fait doute sur 2000 votes, soit 0,06%, je suis certain que le facteur humain en entraine bien plus.

En conclusion, quand des gens qui viennent de faire preuve d'une grosse dose de malhonnêteté intellectuelle pendant plusieurs mois (aussi appelé campagne électorale) remettent si rapidement en cause un outil qui, dans les mains de bonnes personnes, avec le budget adéquat, pourrait fonctionner de manière bien plus fiable que l'être humain ne le peut, j'ai un réflexe de rejet et un doute quant à leurs véritables motivations profondes...
On pourrait faire sa déclaration d'impôts sans crainte via TaxOnWeb avec un logiciel de calcul bien complexe mais pas voter alors qu'on ne fait que compter des points? Allez, un peu de raison...

1 commentaire:

@Sebafl a dit…

D'accord à 100%! Et j'ai bien peur que le vote par Internet soit malheureusement remis aux calendes grecques à entendre tous les politiques taper sur le système du vote électronique sans discernement!