20 février 2014

Changer la démocratie ou changer les comportements du "politique"?

Le week-end passé, la RTBF organisait dans son "Mise Au Point" un débat (limite marronnier) sur l'insatisfaction des citoyens (sans en inviter) envers la politique et l'éventuel besoin de renouveler la démocratie. Depuis, on ré-entend d'autres voix s'élever avec cette demande. Revenons donc sur les affirmations de certains élus...

Première remarque qui mérite d'être relevée: un élu serait soumis à la pression de la démocratie car si les citoyens ne sont pas contents de lui, ils ne votent plus pour lui à l’élection suivante et il est sanctionné.
Ce qui serait sans doute juste dans une "vrai" démocratie l’est nettement moins dans notre particratie.
En effet, l’effet positionnement sur la liste et effet dévolutif partiel de la case de tête permet d’éviter de trop mauvaises surprises. De plus, un élu fidèle au parti (ce qui lui inhibe une certaine liberté d’actions) sait qu’il y aura toujours un plan B rémunérateur en cas de catastrophe.
Seuls les élus trop indépendants, remuants ou infidèles aux dogmes du parti risquent d’en payer le prix s'ils ne sont pas soutenus massivement par les électeurs.

Autre remarque que j'ai relevée: qu'importe ses compétences de gestion et la connaissance des sujets qu'il va devoir traiter, le plus important pour un élu dans une démocratie serait sa légitimité via l'élection.
Comme si, plus que d’avoir pris de l'expérience dans les matières sur lesquelles on va lui demander de travailler ou d’avoir étudié le domaine, le fait d’avoir été placé à une place éligible par un parti pouvait encore signifier une capacité à gérer. De nouveau, chaque parti qui possède une base d’électeurs qui ne lui fera jamais défaut peut protéger les "moins compétents".
En "vrai" démocratie, ce serait peut-être juste mais encore une fois, quel électeur vote encore pour les compétences d’un candidat et pas pour son « marketing » ?
Ici, on parle de nouveau de particratie où les candidats/élus sont coincés par les dogmes de leurs programmes/partis et où les électeurs qui peuvent avoir une certaine ouverture d'esprit ne peuvent panacher celle-ci dans leur vote!
C'est donc à mon avis une légitimité construite, pas réelle!

Remarque suivante: certains élus se plaignent que le citoyen devient populiste, qu'il pousse les partis extrémistes et qu'il ne fait pas assez confiance aux partis "de pouvoir".  
Cette confiance, ils l’ont eue pendant des décennies mais n’ont jamais fait l’effort de réellement passer à une destruction radicale des petits dysfonctionnements politiques. Maintenant, peut-on vraiment leur en vouloir étant donné que ce serait scier la branche sur laquelle ils sont confortablement installés ? D'un autre côté, peut-on en vouloir à  l'électeur de se dire que seuls des partis radicaux peuvent mettre en œuvre un changement radical?

Dernier point relevé, certains élus annoncent discuter avec le "terrain" et rencontrer les citoyens de base dans leurs meetings et leurs balades de terrain, ce qui leur permettrait de ne pas vivre dans une tour d'ivoire (malgré leur train de vie hors norme).
En effet, de mon point de vue, les élus rencontrent deux types de personnes sur le(ur) terrain: des militants (qui sont par définition souvent d'accord avec une vision réductrice de la société) et les gens qui n'ont que "cela à faire". Le "citoyen lambda" a souvent d'autres occupations que celle de discuter avec un élu en qui il n'a souvent plus confiance (sauf quand il a un problème personnel ou NIMBY qu'il veut faire régler, ce qui nous éloigne de facto des débats du "bien commun"). Comme en plus, certains élus refusent le débat sur les réseaux sociaux avec ceux qui ne pensent pas comme eux...

 
Une seule solution: que les citoyens prennent le taureau par les cornes et poussent en avant des revendications simples voir simplistes (si ça peut se faire et aider, pourquoi pas?) qui changeraient réellement les comportements politiques sur la forme. Après, la confiance pourrait être rétablie et on pourrait rediscuter du fond.

Quelques exemples ?
  • Pourquoi ne pas exiger qu’avant de prendre un poste à responsabilités dans un domaine, un élu qui n’a pas - suite à son expérience ou sa formation - de compétence dans ce domaine soit obligé d’aller faire un stage  de terrain comme « petite main » ou « observateur », pour bien appréhender les vrais problèmes ?
  • Pourquoi ne pas exiger d’interdire totalement le cumul des mandats à (par exemple) 10h de travail effectif journalier (comprenant les réunions, les déplacements, etc.)? La limitation de cumul ne doit pas venir du salaire mais bien du temps que l'on peut consacrer à une tâche pour la faire correctement.
  • Pourquoi ne pas exiger le bilinguisme validé de candidats aux postes fédéraux?
  • Pourquoi ne pas exiger la présence de tous les mandataires aux séances des parlements sans exception ? Un patron n’accepterait pas que ses employés viennent au bureau « à la carte ». Pourquoi le patron « citoyen » ne pourrait-il pas exiger le même des élus qu’il mandate pour le représenter ?
  • Pourquoi ne pas exiger l’élimination de gaspillages inutiles qui ne profitent qu’aux mandataires et à leurs amis ? Un exemple simple : les provinces où une redistribution de compétences et un transfert des agents vers les communes ou la région n’auraient d’impact que sur les mandataires.
  • etc...
Il y a bien d’autres exemples de solution à des petits dysfonctionnements qui se sont mis en place sans volonté de mal faire, juste avec le temps, l'habitude et la non réactivité des électeurs, souvent complétée d'une méconnaissance et d'un désintérêt de la Politique.

Pour être totalement honnête, je pense que c’est irréaliste et qu’il est bien trop tard pour changer les choses, mais ça ne m’empêche pas d’avoir envie de le partager avec vous….

1 commentaire:

Isabelle a dit…

Je partage en grande partie vos constats et suggestions.
Je pense aussi, malheureusement, que changer cette situation sera très compliqué, car quand bien même, un élu ne partage pas les vues de "son" parti sur certains dossiers, sa marge de manoeuvre est très étroite. Il n'a souvent que deux choix: s'aligner ou s'en aller! Et s'en aller quand le seul revenu que l'on a dépend de son mandat politique, on comprend que beaucoup s'alignent. De plus, comme vous le mentionnez, certains élus ne sont "compétents" que grâce aux voix récoltées et n'ont donc pas les moyens/compétences de se recaser dans le monde professionnel.

Une suggestion additionnelle: pourquoi ne pas limiter la présence en politique à une certaine période et puis obliger le mandataire à retourner dans le (vrai) monde du travail, à l'instar d'un diplomate qui après deux (ou trois?) postes à l'étranger, doit rentrer en Belgique. Cela éviterait une certaine canibalisation de notre vie politique...