07 mai 2011

Lettre à mes amis enseignants grévistes !

Depuis le temps que j’ai l’occasion de relever les problèmes de l’enseignement, j’ai parfois l’impression que je radote sans doute sur mon blog. Si je le parcourais, je suppose que je me rendrais compte que je reviens tout le temps avec les mêmes problèmes et les mêmes arguments… Soit…

Chers amis enseignants grévistes, vous avez raison mais vous avez tort ! :)

Vous avez raison sur le constat : l’enseignement en Belgique francophone n’est globalement pas satisfaisant. Comme vous le faites souvent remarquer, ceux qui se plaignent de vos grèves et vous attaquent ne voudraient sans doute pas prendre votre place et vos conditions de travail. Vous ne gagnez pas spécialement bien votre vie et le cadre de votre travail n’est pas exceptionnel. On est bien d’accord là-dessus.
Je descendrais certainement avec vous dans la rue si vous faisiez grève dans le but d’obtenir de plus petites classes, une meilleure formation continue, une reconnaissance de vos efforts en cas de réussite plus grande de vos élèves, le respect des enfants et des parents, plus de discipline en cours et moins d’agressivité verbale et physique dans les classes et dans la cour de récré, etc.
Mais vous avez tort sur ce que vos représentants demandent: ils demandent principalement « de plus gros salaires » et « partir plus tôt à la pension »!

Laissez-moi vous compter deux exemples :

  • Je connais des ingénieurs qui gagnent très bien leur vie, grâce au fait qu’ils ont fait de longues études et qu’ils ont acquis de grandes compétences, mais qui ne sont pas heureux au travail. Leurs conditions de travail ne les satisfont pas : certains passent le quart de leur journée dans des trajets vers ou en revenant de leur travail ; d’autres ont une hiérarchie qui ne leur laissent pas la liberté de démontrer leurs capacités parce qu’on attend d’eux d’être rentables et pas créatifs ; d’autres encore doivent en permanence travailler le soir après leur boulot pour rester à jour dans leurs compétences fluctuantes.. Mais en effet, ils gagnent très bien leur vie. Sont-ils plus heureux ? J’en doute…

  • Je connais des ouvriers qui ne gagnent pas mieux leur vie que vous, qui se lèvent à 5h le matin pour aller travailler sur chantier et qui passent leurs journées dans des travaux répétitifs qui leur détruisent le dos et les genoux parce qu’ils doivent porter et déplacer de lourdes charges. Quand leur journée est finie, ils rentrent chez eux cassés par la fatigue physique et sont rarement capables de s’occuper des devoirs de leurs enfants, à supposer qu’ils en aient la capacité, car souvent leurs études se sont arrêtées bien tôt par besoin de gagner leur vie pour se nourrir et se loger…


Pour résumer, on peut toujours être insatisfait - à raison - de ses conditions de travail et je suis certain qu’il est juste et nécessaire que vous vous battiez pour leur amélioration. En effet, vous avez entre les mains l’avenir de nos enfants et par la même, vous travaillez dans le métier le plus important du monde : ce sont connaissance et intelligence qui sauveront – ou pas – le monde de demain.
Mais s’il-vous-plaît, ne vous trompez pas sur les buts à atteindre: dans un monde en crise où seuls les top managers, les gros actionnaires et quelques élus se la coulent vraiment douce, ne vous battez pas pour vos salaires qui sont corrects et vos conditions de départ à la retraite qui, dans un monde où l’on pourrait vivre jusque 100 ans lorsque l’on ne fait pas un travail physiquement épuisant, sont loin d’être les plus injustes du monde ! Battez-vous pour la qualité de l’enseignement, le respect des jeunes et des parents, la taille des classes, la dépolitisation et la qualification de vos hiérarchies, l’adaptation des programmes au monde actuel, etc.

Il y a tellement de bonnes causes à défendre dans l’enseignement, ne vous trompez pas de cible ou de moyens, en bloquant à l’extérieur de vos enceintes les élèves qui veulent travailler !
En clair, travaillons tous ensemble pour un enseignement de qualité et ne soyons pas bassement matérialistes quand les conditions ne le permettent pas, tout le monde en sortirait gagnant !

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