31 janvier 2010

Patron, cela ne veut pas toujours dire entrepreneur...

Marquons dès le départ le terrain : je pense que le mérite existe et qu’il est normal que quelqu’un qui est plus performant dans son travail - ce qui n’est pas toujours proportionnel à sa quantité de travail mais à l’atteinte de ses objectifs – mérite plus que celui qui l’est moins. Maintenant, le "plus" doit être quantifié et rester dans des limites humainement raisonnables.

Le problème est que dans notre société, tous les mérites ne valent pas la même chose.
Un assistant social qui arrive à décider un SDF récalcitrant de venir passer une nuit en refuge lorsqu’il gèle dehors a atteint son objectif et a peut-être sauvé une vie, mais il ne rapporte rien à son employeur…
Un trader qui fait croître la valeur du portefeuille d’actions de ses clients, quitte à ce que ce soit en profitant d’un dégraissage dans une société qui jette des familles complètes dans la misère rapportera de l’argent à sa société et atteindra également ses objectifs…

Lequel sera le mieux rémunéré ? Lequel aura un plus gros bonus ? Lequel a le plus de mérite vis-à-vis de l’éthique et de l’humanité? Il est facile de répondre, mais est-ce normal que ce soit ainsi?

C’est un peu le même problème dans le débat que je « subis » ces derniers temps lorsque l’on parle des demandes des employés vis-à-vis des demandes des patrons.
Les patrons belges veulent que les travailleurs belges soient plus « concurrentiels » vis-à-vis des autres travailleurs.
Sur le fond, je ne suis pas opposé à cette idée. Mais à la condition - si l’on considère que le niveau de vie belge du travailleur moyen est bon, sans être exagéré - que ce soit parce que les autres travailleurs, qu’ils soient irlandais, portugais, chinois voire indiens voient leurs conditions s’améliorer, et pas que les nôtres aient à s’adapter sur le plus petit dénominateur commun, soit un nivellement des conditions de vie vers le bas.

Petite digression : accepter de ne pas vouloir continuer la course à la consommation effrénée dans nos pays « riches » et « industrialisés » me semble aussi nécessaire du côté des travailleurs. Il faut pouvoir accepter d’envisager de réduire sa consommation et par la même, peut-être avoir moins la nécessité de toujours accroître ses revenus pour combler ses besoins.
Contrairement à certains amis écolos « pur jus », je ne pense pas que réduire sa consommation veuille absolument dire réduire réellement son confort. Simplement, il faut accepter d’avoir un « autre » confort.
Par exemple, celui qui accepte de mettre des lampes moins éclairantes, mais de basse consommation d’isoler sa maison avant d’y ajouter de coûteux ornements décoratifs, d’acheter des objets de durée de vie plus longue qui ne sont pas spécialement « Lifestyle », voire de s’habituer à se chauffer autrement qu’avec les combustibles fossiles peut diminuer sa consommation électrique et libérer des moyens pour faire d’autres choses à revenus constants.

Pour en revenir au patronat, il ne faut pas mettre tous les patrons dans le même sac. Pour moi, une première différence est très importante : la cotation en bourse. Avec l’expérience, on se rend compte que l’augmentation de la valeur des actions n’est quasi jamais liée à une amélioration des conditions de travail des employés.
Les sociétés cotées en bourse ne méritent selon moi pas spécialement de soutien de la force publique, car ces aides sont souvent utilisées à mauvais escient. Il n’y a qu’à voir avec quelle rapidité les banques semblent avoir oublié qui les a sauvées il y a quelques mois en recommençant des comportements qui avaient mené à la crise…
N’aurait-il pas mieux valu consacrer l’argent public que le premier montois a investi pour attirer Microsoft ou Google dans une spin-off de l’université de Mons ou de la Faculté Polytechnique? Il y aurait eu autant d’emplois créés mais le retour pour la localité aurait pu être bien plus élevé à long terme. Le prestige, cela ne dure qu’un temps !

Ensuite, il y a une différence à faire entre les sociétés qui exportent et les autres. Ceux qui exportent plus qu’ils ne travaillent sur le marché local sont à féliciter, mais il faut toujours garder à l’esprit que dans ce cas, le marché local ne leur est pas nécessaire et qu’une délocalisation pour baisser les coûts est toujours possible… Les aides qu’on leur accorde devraient être faites « sous conditions ».

On trouve également de grands groupes tels que ceux de distribution qui offrent de nombreux emplois, mais sans prendre beaucoup de risques, vu que les produits qu’ils proposent sont souvent liés à des besoins vitaux tels que manger, boire ou s’habiller… Ils auront toujours une clientèle tant que le niveau de vie restera correct.

Finalement, il y les PME où les patrons sont souvent de courageux entrepreneurs qui avaient pour motivation l’indépendance et bien évidemment le gain, ce qui est normal, mais pas uniquement. Ces sociétés sont souvent celles qui méritent le plus le soutien public.
En effet, elles offrent souvent des emplois locaux, font tout pour conserver leurs employés compétents, même en cas de crise.
Elles participent plus que largement à la rentrée de fonds dans le trésor public et permettent donc aux plus faibles de bénéficier d’une certaine solidarité. Souvent, les patrons y gagnent plus d’argent que la moyenne mais c’est normal : c’est un retour logique pour des personnes qui souvent travaillent beaucoup, prennent des risques et font un travail de gestion complexe mais valorisant.

En conclusion, je voudrais dire que les entrepreneurs sont indispensables pour une société où le niveau de vie est lié à la capacité d’avoir de l’emploi rémunéré mais il ne faut pas faire d’angélisme ou de globalisation.
Comme pour quasi tous les sujets, il ne faut pas avoir peur de faire du « cas par cas » et d’essayer de concentrer les aides publiques pour les entrepreneurs qui le méritent le plus car visant des retombées locales durables tout en laissant se débrouiller ceux qui sont ici parce qu’ils y trouvent un intérêt au moment même mais qui n’auront aucun scrupule à aller voir ailleurs quand ils auront de meilleurs conditions là-bas.

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