10 janvier 2010

La parabole de l’île*

Il était une fois une île, éloignée de toute autre terre, où les diverses tribus d’habitants se nourrissaient des bancs de poissons environnants et des fruits de la forêt. Ils construisaient des habitations et outils en utilisant les ressources naturelles de l’île : bois et roches…
L’ensemble des tribus était géré par un roi qui voulait le bien de ses sujets et s’assurait de l’équilibre de l’île : on coupait les arbres pour le feu, construire les maisons et les pirogues pour la pêche et on pêchait et cueillait le nécessaire pour nourrir tout le monde « à satiété ». Lorsque le peuple avait suffisamment travaillé pour cet objectif, il se reposait, faisait du sport ou flânait de ci de là sur l’île, discutant et débattant de tout et de rien.

Un jour, le roi fut trop vieux pour gouverner et son fils pris sa place. Ce dernier avait de l’ambition et ne se satisfaisait pas de la vie sans relief de son île.
Il décida d’inventer l’argent sous forme de coquillages customisés. Il était le seul détenteur officiel de la customisation de ces coquillages.
Il devenait dès lors possible pour certains habitants d’avoir un statut social plus élevé que leurs voisins grâce à une augmentation de leur pêche et à l’abattage des leurs arbres, qui devenaient des activités rémunérées par le roi sous forme de coquillages. Ceux-ci ouvraient ensuite les portes du palais pour de grandes fêtes chez le roi.
On inventa donc également le gaspillage: les ressources naturelles cueillies, abattues et pêchées pour obtenir des coquillages ne pouvant être conservées éternellement.

Pendant plusieurs années, certains s’enrichirent mais l’île étant isolée, les ressources naturelles finirent par ne plus pouvoir se renouveler suffisamment rapidement et on arriva au point où celles-ci commencèrent à diminuer : moins de forêts (et donc moins de fruits) et moins de poissons. Certains intellectuels de l’île se rendirent compte de cet état de fait et avertirent le roi.
Celui-ci, fort de l’augmentation de son pouvoir et de son impression que grâce à lui, ses sujets étaient devenus tellement plus dynamiques et performants, ne changea pas d’un iota sa gestion de l’île.

Arriva un moment, plusieurs années plus tard, où il n’y avait plus que quelques arbres dans la majorité des forêts et où les bancs de poissons étaient chichement peuplés. La valeur des arbres et des poissons pêchés restants était montée en flèche vu leur rareté et leurs possesseurs étaient très riches et étaient devenus des proches du roi. Puis vint le jour où le dernier arbre fut coupé et le dernier poisson fut pêché sans que la nature ne puisse compenser et produire de la nouveauté. Ce jour-là, les coquillages perdirent d’un seul coup toute leur valeur car on ne savait ni les manger, ni se chauffer, ni construire quoi que ce soit avec eux. Ils étaient inutiles pour les besoins vitaux des habitants...

Les élites décidèrent alors d’utiliser tous les stocks de bois coupé restant pour construire de grandes pirogues et ils partirent à la recherche de nouvelles ressources naturelles. L’histoire ne dit pas s’ils en trouvèrent et s’ils purent se développer ailleurs et prospérer ou si l’océan eut raison d’eux car jamais ils ne revinrent sur l’île et la population restante de celle-ci disparut, faute de nourriture…

Toute ressemblance avec la planète terre, isolée au milieu de l’univers et dont les ressources naturelles sont en train de ne plus pouvoir se renouveler n’est pas fortuite ;-))))

* librement inspiré de la légende de l’île de Pâques…

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